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Helene Segara

Juste Erika – Nouvel Album

Quelle actualité pour Princess Erika ! A la télé dans « Camping Paradis » sur TF1, à la radio dans les « Grosses Têtes » aux côté de Philippe Bouvard sur RTL et sur les routes pour des concerts gorgés de bonne humeur avec son tout dernier album « Juste Erika ». L’artiste incontournable de cette saison...

Actualité
Quelle actualité pour Princess Erika ! A la télé dans « Camping Paradis » sur TF1, à la radio dans les « Grosses Têtes » aux côté de Philippe Bouvard sur RTL et sur les routes pour des concerts gorgés de bonne humeur avec son tout dernier album « Juste Erika ». L’artiste incontournable de cette saison...

Little story…
Au départ, il y a une chanteuse. Une artiste. Auteur-compositeur-interprète. (Qui en plus fait du cinéma, de la télé, du théâtre et tient un feuilleton littéraire sur un site panafricain). Une chanteuse à tubes. Populaire et branchée. Une chanteuse qui en 2007 a toujours envie de chanter mais plus nécessairement de "sortir" un disque.C'est là que débarque Mariano Beuve. Quasi quinca à longs dread-locks. Producteur d'albums de rap mythiques (Ministère AMER). Dénicheur de talents en germes (Doc Gynéco, Assia).

Réalisateur de tubes (G-Squad, le duo Axelle Red/Youssou Ndour). Il toque chez "Princess". Elle le connaît de nom. Sa réputation n'est pas catastrophique, mais pas rassurante non plus : Mariano serait aussi rigoureux en musique qu'artiste en comptabilité… Plus passionné par le son, les instruments et les accessoires que par les bilans et les dates de rendus… Pire : il ne finirait jamais ce qu'il entreprend. Comment résister quand on aime triompher dans l'adversité ? Au bout de deux séances de travail, "Princess" est rassurée : Mariano sait. Il sait la musique. Il sait s'effacer. Arranger. S'arranger.

Il sait, puisqu'il le dit, qu'il faut que ce soit "grand", sinon c'est pas la peine… Il sait qu'il faudra : du rock ("Toute la semaine", sa guitare rugueuse, grasse et entêtante) ; du blues ("Non je ne vais pas pleurer",feat Marjorie Savino et sa voix claire) ; du guitare-voix ("Juste Erika", où pour la première fois elle cède la plume)… Et du reggae. Beaucoup. Un peu partout à vrai dire. Dans les ondulations rythmiques de "Tourne" (et ses choeurs Pointer Sisters). Dans l'orgue endiablé du premier single "On s'en va".

Dans l'orthodoxie de "Jah Guide", d'"Ouvre les yeux". Dans celle d'"Amigo", sweet adaptation du standard années 80 de Black Slate qui, aujourd'hui encore, n'importe où dans les Caraïbes et en Afrique continue de faire danser. Jusqu'à "Black music" et ses reflets soulants, son "skank" ensoleillé…Mariano ne voulait pas faire un album de RN'B avec une gamine. Il fait un disque avec une femme.

Une femme de quarante ans. Noire. Française (et Camerounaise aussi). Avec des copines poétiques comme Nina Morato ("Maman, maman"), des soeurs hautes en couleurs et un petit savoir-faire dans le business. Toujours fresh, qu'il vente ou neige. Deux années de travail dans le studio dingue de Mariano. Au milieu de ses affreux chats sans poil. Avec son grand écran blanc. Ses ordis toujours branchés sur des sites de guitares.

Ils étaient presque prêts. Les premiers mixs sortaient. Et puis un petit matin d'octobre 2009, alors qu'il se rendait à pied à son studio, en pleine rue, Mariano Beuve est tombé. Mort. Comme ça. Lui qui ne fumait pas, ne buvait pas…

Comment résister quand on aime triompher dans l'adversité ?
Quoi qu'elle ait pu en dire alors, Erika a toujours su qu'elle irait au bout. Malgré tout. Malgré la douleur. Malgré les ayants droits paralyseurs, les soi disant amis de la musique et de Mariano. Malgré ceux qui veulent juste faire chier… Les rats que le navire pour voguer doit laisser à quai. "On s'en va / Sans souci du lendemain / On s'en va / Pour le reste, on verra bien / On s'en va / Sans regret et sans chagrin. Aller simple, simplement bien".

Ado, au début des années 90, au lieu d'aller en cours, Khalil Maouène allait en studio. Chez… Mariano ! Musicien, c'est là-bas qu'il poussa ses premiers boutons, émit ses premières remarques sur un arrangement, la position d'une voix ou d'un piano (Stevie Wonder et Michael Jackson sont pour lui des saints patrons). Depuis, il a fait son chemin. Le disque de sa chercheuse d'or de soeur Assia. Celui de Julien Clerc. Comble du bon goût, c'est un type bien. De Princess Erika, il connaît la musique et la qualité des textes. Respecte la voix, l'expérience et les tubes. Il la voit comme Mariano : artistiquement exigeante, sûre de ses choix et rigoureuse dans le travail. Le prix à payer pour survivre à toutes les vagues et courants depuis plus de vingt ans. Les musiciens se reconnaissent. Ils se sont vus lors de l'enterrement de Mariano. Ça a été tout de suite évident.

Évident que la seule personne qui puisse faire mieux que finir le boulot de Mariano, c'était lui, Khalil. Le seul capable de transformer l'essai. Il a la jeunesse, la culture musicale, l'humilité et l'orgueil. Capable de "reconnaitre" une grande chanson de variété avant de la doper. De convaincre Erika que le côté club de "Party time" est à accentuer. Qu'il faut dancehalliser "Insomnie". Symphoniser jusqu'à l'orgue Hammond, "Non je ne vais pas pleurer", comme dans les grands live d'antan. Chambouler à l'en rendre latino "Dans la maison de mon père".

Le temps de réunir les fonds (big up énorme à Laurence Guy-Lentin et Frédérique Guégan, les copines qui ont investi !) et de monter une structure de production. Pour elle. De réunir son team de musiciens et de sélectionner l'idoine "ingé-son". Pour lui. Une vingtaine de jours au Studio Davout. Fin 2010, tout est prêt.

 

 


 

Biographie :

Princess Erika est née en 1988. Avant, elle s'appelait Erika. Juste Erika. C'est même elle, si l'on en croit K-Reen, choriste de luxe sur son nouvel album, qui en 1988 a lancé le reggae en France - en même temps que l'ego-trip féminin, d'ailleurs - avec "Trop de bla bla".


(Parenthèse. Pour fêter les 10 ans d'une fructueuse collaboration avec la mutuelle qui utilise "Trop de bla bla" pour sa communication, il serait question d'un remix, qu'opèrerait très bientôt un french dj en vogue…).


(Parenthèse bis. De ses deux grands tubes (quand on réécoute ses cinq albums, on se rend compte qu'en fait, on connaît plein de chansons d'elle), c'est "Faut que j'travaille" qui a le mieux marché, le plus tourné.)


Peut-être aussi que le clip de Dahan avec Romain Duris a joué.
Donc, "Trop de bla bla", 1988. Direct icône sexy. Branchée. Hype. Palace. Lunettes noires, Bergère Folies et Bains de minuit. Bizot la kiffe, Nova la joue (avant de laisser freestyler l'émergent hip-hop des NTM et Ministère AMER ).
Car Erika a connu tout ça. Elle a vu, lu, écouté, regardé, rencontré, côtoyé, (été) détesté, (été) adoré et vécu tout ça.

Les années 90. Les Noirs et les Arabes accèdent au statut d'intermittents du spectacle : ils commencent à apparaître au cinéma, à la télé, au théâtre, dans les clips. Erika, toujours aux premières loges : des sound-systems de la Poterne des peupliers à l'académie française de la musique que sont les Enfoirés. Chez Paco Rabanne, où tant de pousses breakèrent, rappèrent et toastèrent. Comme chez Foulquier ou Nagui. Devant Beaubourg et sa pendule géante tendue vers l'an 2000. À Kingston pour faire un disque. Ou Bamako pour faire monter sur scène son assoce des "Voix de l'Espoir".


Les années 90, l'apparition des "blackeries", comme on disait en maison de disques et dans les médias, quand les artistes étaient pas là. Reggae, hip-hop, world music et dérivés raffinés. Nouvelles esthétiques. Tendances urbaines. Génériques et travellings célestes de Spike
Lee. Relecture de Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop, Mohamed Ali et Zora Neale Hurston. Première expo Basquiat à Paris. William Klein, l'Affiche et Megamix.


Erika incarnerait assez bien tout cela si justement elle n'avait eu de cesse d'y échapper. De le traverser seulement. Chanteuse d'abord. Qui expérimente. Touche à tout et parle avec tous. Qui fera du cinéma avec Smaïn et Élie Semoun et, accessoirement Romain Goupil. Et du théâtre avec Peter Brook.

Mais participera aussi à La Ferme des célébrités. Comme Booba participera à La Star Ac'. Comme George Clinton voulait envoyer les Noirs là où ils n'étaient jamais allés, dans l'espace…
(Avec en plus pour La Ferme une bonne excuse : faire gagner 30 000 euros à l'association d'Aminata Traoré). Pendant toutes ces années, bonne cliente chez Arthur, Ardisson et Ruquier. Mais aussi sur Comedy. Facéties, pitreries et gauloiseries.


Reconnue dans les studios et les backstages par tous les jeunes artistes qui peinent à croire qu'ils jamment avec l'interprète de "Trop de bla bla" et de "Faut que j'travaille". La seule vraie grande soeur, si on regarde bien, dans tout le business français.

En même temps un nouveau genre de meuf. Qui devient maman mais pas madame. Toujours à la bourre, mais jamais en retard aux rendez-vous. Qui se bagarre dans le métro avec des connasses. Rigole avec les mecs. Cancane avec ses copines des plombes au téléphone.
Avec des amours, des amitiés chiantes comme des amours, des drames, des embrouilles et des deuils. Beaucoup d'enthousiasme. Donc beaucoup de déceptions. Les sales coup(e)s de Fogiel, qui la brouillent bêtement avec Tonton David, manquent le faire avec Bernadette Laffont, et qui encore... Qui écrit, compose, interprète, co-réalise et co-produit cinq albums. Chante pour une pub au Japon. Pose sur toutes les compiles rasta qui se présentent. Participe à des dizaines de festivals à cause.

Chante en duo avec Marc Lavoine, France Gall, Catherine Ringer, Lio, Nigga Phy. Reprend aussi bien "La vie en rose" que "Police and thieves" ou Myriam Makeba. Auteur pour les petites soeurs Nubians, pour Nâdiya. Et même tout près de l'être pour Carla Bruni.

Le virage des années 2000 l'a plutôt menée vers le théâtre, le ciné, la télé. Un deuxième enfant. Comme les copains, victime de la crise du disque et de ses maisons. Son dernier lp, en 2006, elle l'a produit toute seule, pas comme il aurait fallu, pas comme elle aurait voulu.
Quand elle en parle, elle n'est même plus très sûre qu'il soit sorti.

Elle envisageait alors assez bien qu'il fut le dernier. Rentière assise sur ses droits d'auteur, attendant les sonnants et trébuchants revivals en jouant sur TF1 dans "Camping Paradis". (Branchée, oui, mais populaire quand même aussi). Sauf qu'en 2007 déboule "Mariano". Mariano Beuve. Producteur. Producteur de rap, à la base. Une légende et un mythe. On lui doit les deux albums du Ministère Amer. Plus les découvertes de Doc Gynéco, Assia, G Squad ("Raide dingue de toi", c'était lui).

Il toque chez celle qu'il appelle "Princess"… Il veut faire un vrai disque, tu comprends… une bête de disque, avec une bête de vraie chanteuse. Il connaît la musique alors il trouve les mots justes. Deux ans ils vont travailler ensemble. Et puis au moment où le disque est presque prêt à sortir, Mariano casse sa pipe, tout seul, en pleine rue, au petit matin.

On fait quoi, là, fin 2009… ? On enterre Mariano. On pleure. On s'engueule avec des ayants droits qui comprennent rien. On se demande à quoi bon… Ça commence à coûter cher la musique si c'est comme ça… trouver une maison de disques pour reprendre le deal…? ouais, ouais, d'accord, ok pars devant, je te rejoins… faut que je respire un an ou deux, là… j'ai pas juste perdu un bon copain…À l'enterrement de Mariano, l'ingrat Hip-Hop n'était pas là. Y'avait juste G Squad, Jimi Sissokho, Stomy, Kenzy et puis Assia… et puis Khalil,
le frère d'Assia…

Khalil, qui connaît tout Stevie et tout Michael au vibrato près… qui a réalisé le disque d'or de sa soeur… un autre pour Julien Clerc… qui fit ses premiers pas devant des manettes, chez Mariano.
Ça leur a tous semblé évident tout de suite… Khalil seul pouvait reprendre avec Princess Erika le boulot de Mariano. Et l'amener là où Mariano aurait rêvé qu'il soit. Variété stylée bien arrangée aux accents tantôt rock tantôt reggae.


Le disque aurait aussi pu s'appeler comme ça : chez Mariano.

 

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